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Publiez, l’écriture est, avant tout, un acte de témoignage.

Il y a quelques années, j’ai rencontré un éditeur pour lui confier la publication d’un ouvrage que j’avais rédigé avec passion. Après avoir rapidement survolé le manuscrit sans prêter véritablement attention à mon récit, ce dernier a immédiatement commencé à me suggérer des ajouts qui allaient manifestement tronquer mon histoire.

Selon lui, ces modifications étaient nécessaires pour que le livre ait une chance d’être retenu comme manuel scolaire, car disait-il, « C’est ainsi que l’éditeur et l’auteur peuvent gagner de l’argent ici (en Côte d’Ivoire). »

J’ai refusé de céder à ses propositions. Je trouvais son argument trompeur et particulièrement dérisoire pour quelqu’un censé promouvoir le livre, la lecture et les auteurs.

Personnellement, je n’écris pas principalement pour glaner des lauriers. Pour le démontrer, je tiens depuis plus d’une dizaine d’années différents blogs où j’exprime ma passion pour l’écriture malgré les dizaines de milliers de francs que cela me coûte en frais de maintenance de ces supports numériques. Pour moi, l’écriture a une autre portée.

Rappel historique et témoignages

L’écriture est une activité humaine ancienne profondément enracinée dans l’histoire des sociétés. Elle revêt une importance capitale, non seulement comme moyen de communication entre les hommes, mais aussi comme un outil pour témoigner et pour réfléchir sur l’époque et le vécu de l’auteur et de ses contemporains.

Les écrivains sont souvent perçus comme les miroirs de leur temps. Ils capturent les nuances de la société, les bouleversements politiques, les évolutions culturelles et autres mutations sociales, et en témoignent régulièrement dans leurs récits. Les œuvres littéraires ouvrent ainsi une fenêtre sur les préoccupations et les aspirations des gens d’une époque donnée. Par exemple, les livres d’Amadou Hampâté Bâ révèlent les richesses culturelles et spirituelles de l’Afrique [de l’ouest], tandis que les écrits de Franz Kafka, inspirés par sa profession d’assureur, reflètent notamment les absurdités bureaucratiques du début du XXe siècle.

L’écriture permet aux auteurs de partager leurs expériences personnelles, leurs émotions, leurs réflexions intimes. À travers leurs récits, les écrivains communiquent des aspects de leurs propres vies, de leurs luttes, de leurs joies, de leurs peines. Pour illustration, les autobiographies et les mémoires comme celles de Nelson Mandela ou d’Henri Konan Bédié (Les chemins de ma vie) donnent un aperçu personnel de la vie de leurs auteurs tout en résonnant avec un public plus large de lecteurs grâce à l’universalité des expériences humaines. Ces témoignages rapprochent davantage les lecteurs de l’espoir fécondant que « Ce destin [de ces grands hommes] est aussi possible pour moi ».

L’écriture comme instrument de recherche de reconnaissance

La reconnaissance et les récompenses peuvent également motiver certains écrivains à produire plus régulièrement. Être lauréat d’un prix littéraire prestigieux peut offrir à l’auteur une visibilité accrue et des opportunités professionnelles. De ce fait, il pourrait être tenté de conformer son travail aux attentes des jurys et des tendances du marché plutôt que de rester fidèle à sa propre voix et à ses vérités personnelles. Cependant, écrire principalement dans le but d’obtenir des récompenses peut altérer l’authenticité de l’œuvre.

Surfer excessivement sur la quête de prix peut nuire à la qualité de l’écriture. L’obsession pour la reconnaissance peut entraîner une pression immense et limiter la créativité ainsi que l’originalité de l’auteur. De plus, la déception de ne pas obtenir de prix après coup peut finalement décourager l’auteur, le poussant parfois à abandonner sa vocation.

L’équilibre entre témoignage et reconnaissance

Pour de nombreux auteurs, le défi est de trouver un équilibre entre le désir de témoigner authentiquement et la quête de reconnaissance. Les écrivains peuvent aspirer à une validation externe sans toutefois compromettre leur originalité artistique.

En fin de compte, une œuvre littéraire sincère et profondément ancrée dans la vérité personnelle de l’auteur, quel qu’il soit, a souvent plus de chance de toucher les lecteurs avec un impact considérable, et de perdurer dans le temps.

Écrire par passion, par nécessité de partager une histoire ou de rendre compte d’une réalité, est souvent ce qui donne aux œuvres littéraires leur force et leur résonance. La passion et l’authenticité sont perceptibles dans l’écriture, dans le style, dans ce que je nomme le « souffle de l’auteur », et ce sont elles qui captivent et émeuvent le public. C’est cela qu’il faut d’abord rechercher. Rainer Maria Rilke qui en avait fait l’expérience ne disait-il pas à propos de l’authenticité dans l’écriture de l’écrivain : « Il n’y a qu’une seule manière d’y parvenir : rentrez en vous-même. »

Les écrivains doivent donc se rappeler que leur véritable récompense réside dans l’acte même d’écrire, dans leur capacité à toucher intimement d’autres personnes, à inspirer et à provoquer la réflexion en se débarrassant de « leurs propres illusions » comme le recommandait George Orwell.

Conclusion

L’écriture est, avant tout, un acte de témoignage. Elle permet aux auteurs de capturer et de partager les nuances de leur époque et de leur vécu. Ces derniers créent ainsi des œuvres qui transcendent le temps. La quête de reconnaissance et de récompenses reste somme toute une tentation naturelle qui ne doit cependant pas éclipser l’essence même de l’écriture qui demeure un témoignage authentique et passionné de la condition humaine.

Les écrivains doivent se rappeler que leur plus grand accomplissement réside dans la sincérité et dans l’impact de leurs mots plutôt que dans les accolades entre « bonnes gens » et dans les distinctions.

En fin de compte, ce sont les récits authentiques et passionnés qui marquent les esprits et traversent les générations. Et ça, c’est à la portée de tous.

Alors, président, ministre, député, sénateur, directeur, entrepreneur, maçon, divorcé, accusé, condamné, martyrisé, rejeté, sauvé, chanceux, ou autre,
Racontez ! Ecrivez ! Témoignez ! Ne vous censurez point !
Vous servirez ainsi pleinement votre époque. Pour que nul ne se prévale demain de l’absence de témoignages pour organiser une religion qui embarque et pervertisse vos filles et vos fils.

J’ai dit.

Antoine BLAGNON

Je suis Antoine BLAGNON, Consultant en communication, Formateur, Écrivain - auteur de S'ACCOMPLIR - Rien ne sauve autant que l'amour. Je publie sur ce blog mes expériences professionnelles et des compétences qui vous aideront assurément à optimiser votre communication professionnelle.

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